Pour tout l’or de Yunaris

Gattsay sentait son heure approcher, et se rappelait pourquoi elle avait accepté cette mission. Pour la récompense bien sûr. Elle était mercenaire nécromancienne, elle faisait partie de l’Ordre le plus redouté, celui de la Licorne Noire. Gattsay avait soif de pouvoir, n’avait que peu d’intérêts pour la cité et ses habitants. Alors pourquoi songeait-elle à se sacrifier ?

Quelques jours plus tôt des rebelles vinrent solliciter l’aide des mercenaires. La famine décimait le peuple de la cité de Yunaris sous le regard insensible de l’archimage omnipotent. Seul l’enfant sacré, Celesté, pouvait rétablir l’ordre des pluies et sauver l’avenir de Yunaris. Il était détenu depuis plus de vingt-huit lunes, dans une haute tour, sans porte et sans fenêtre. À ce jour personne n’avait pu y entrer. À la vingt-neuvième lune Celesté mourrait. Le destin de Yunaris serait perdu. Les huit mercenaires, appâtés par la prime des rebelles, ne mirent qu’un instant à marquer leur accord en tapant du poing au centre de la table.

Gattsay se rendit chez son maître, celui qui lui avait tout appris.

-Seul le lotus aux mille feuilles des Bois Radiants pourra t’aider pour entrer dans la Tour. Tu sais que tu ne peux manipuler les plantes vivantes, il te faudra utiliser d’autres mains.

Quand les mercenaires s’engagèrent dans les Bois Radiants, ils se sentirent rapidement observés par les forces végétales. Trouver le Lotus aux mille feuilles, au milieu de ce paradis vert, fut presque trop facile. C’est lorsque l’un des soldats le glissa dans une fiole de verre qu’Alisma se fit entendre.

-Et vous pensez, pauvres mortels, que vous dépouillerez mon royaume sans en payer le prix !

Les mercenaires étaient prêts aux combats. Les épées, les lances, les flèches sabraient les lianes, les branches, mais l’étau se resserrait. Alisma dégagea toute sa puissance, elle était partout et nulle part. Alors que déjà quatre mercenaires gisaient inertes, la dryade apparut enfin. Alisma était d’une beauté envoûtante. Sa peau d’écorce épousait les courbes de sa féminité, sa chevelure verdoyante ondulait à l’infini.

Gattsay suffoquait au pied d’un chêne, le froid lui mordait les membres, les lianes lacéraient sa peau et la maintenaient au sol. Elle rassembla ses forces et rampa vers les cadavres de ses compagnons.

-De par mon appartenance aux deux mondes et aucun, je m’avance vers vous ! Que vos cœurs battent pour servir ma rage, répondez-moi !

Les quatre carcasses se soulevèrent. Alisma n’eut pas le temps de se fondre à nouveau dans les limbes de son royaume. Gattsay put se libérer. Pendant que les morts-vivants tenaient la dryade immobilisée. Les survivants commencèrent une course effrénée pour sortir des Bois Radiants.

-Gattsay pourquoi n’as-tu pas appelé nos frères d’armes à nous suivre ?

-Ils sont morts Ragan, ils appartiennent maintenant à Alisma. C’est le prix…

Dépités et épuisés, les quatre rescapés se rendirent au pied de la tour. La vingt-neuvième lune commençait à briller, il fallait agir. Gattsay prépara les composants, prononça son incantation. Le vent s’arrêta de souffler. Elle donna l’ordre de tâtonner la roche de l’édifice. Après quelques minutes, ils décelèrent des pierres mouvantes. Une porte pivotante en son centre. Dès qu’ils entrèrent la porte se referma sur elle-même.

Ils progressèrent dans le silence et la pénombre, jusqu’à une grande pièce circulaire. L’amplitude de l’édifice paraissait maintenant beaucoup plus grande. Un escalier longeait le mur et semblait interminable. Comme hypnotisés par les lieux, ils ne virent pas tout de suite la pluie de flèches tomber sur eux. Les boucliers dressés au-dessus de leur tête, les mercenaires allaient devoir affronter les dizaines de trolls qui dévalaient les escaliers.

Les muscles gonflés par l’adrénaline, les mains se serrèrent sur les armes. Les épées commencèrent à s’entrechoquer. Le bruit sec du métal contre les armures. Les cris quand la lame déchirait les chairs. Gattsay put figer et putréfier quelques trolls, accomplir des touchers vampiriques sur d’autres. Malgré son bouclier magique, elle avait elle aussi, été touchée à l’épaule droite. Elle perdait beaucoup de sang et s’inquiétait de pouvoir encore exercer ses pouvoirs. C’est gravement affaiblis qu’ils achevèrent le dernier Troll.

Pas le temps de regarder les blessures, encore moins de les soigner.

-Ces escaliers ! cria Gattsay. Si l’ennemi est sur ce chemin, ce doit être le bon !

Ils entreprirent la longue ascension des marches. La douleur et la fatigue pesaient, mais personne de l’Ordre de la Licorne Noire ne se plaignait jamais. Arrivés sur un large palier, ils virent en son centre, l’enfant assis, vêtu d’une étoffe blanche. Son visage resta neutre, le bleu de ses yeux se fit plus sombre. Il demeura muet. Était-ce lui, le sauveur de Yunaris ?

D’intenses éclairs de lumière jaillirent quand l’archimage gronda.

-Mercenaires, vous êtes venus bien mal armés ! Votre destin s’arrêtera ici… et maintenant !

L’archimage afficha un large sourire. Il rassembla l’air dans ses mains pour le repousser avec violence vers eux. Tous les quatre furent propulsés contre le mur par l’onde de choc. Seule Gattsay se remit péniblement debout. Le magicien réitéra sa séquence de mouvements. L’édifice se mit à craquer, le sol à trembler. La colère du sorcier s’amplifia.  L’enfant sacré restait impassible, son regard se tourna vers la nécromancienne. Elle fut apaisée au milieu du chaos. Une émotion inconnue s’immisça en elle. Était-ce de l’amour ? Le doute fit place à la conviction, elle sut ce qu’elle devait accomplir.

Gattsay munie de son bouclier magique, ramassa le glaive de Ragan, courut vers l’archimage, l’aveugla par le sort de poussière. Elle se lança à terre, glissa sur le sol jusqu’à sa hauteur pour lui trancher les deux pieds. L’archimage hurla de douleur, empoigna Gattsay. Le sol se rompit sous leur chute, et leurs corps s’écrasèrent plusieurs mètres plus bas. Quelques instants plus tard, les premières gouttes de pluie tombèrent sur la cité de Yunaris.

 

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Inventer une nouvelle fantasy et les portes de l’imaginaire peuvent s’ouvrir sur un nouveau monde.

8 Comments

  1. Bonjour, en lisant ce texte j’ai eu l’ompre De me trouver dans un jeux vidéo avec des décors fantasmagoriques c’est très bien rendu. C’est la curiosité qui m’a poussé à lire attentivement, je voulais entrer dans votre imaginaire. Je constate que l’histoire ressemble à nos contes d’enfance avec le gentil et le méchant sauf que là il faut du sang et des morts pour que la récompense soit au rendez vous . Je m’interroge sur l’âge De l’auteur je parierai sur moins de trente ans . Merci de me donner la réponse. Ce qui est récurrent c’est que l’amour cette source d’energie incommensurable triomphe. C’ est très intéressant pour une personne de ma génération de voir cette évolution dans l’esprit des lecteurs à venir et je me demande si ce que les gens de mon âge écrivent va trouver un écho dans la génération qui monte . Merci pour ce texte très bien écrit et image . À bientôt
    Alix

    • christelle-hens

      Bonjour Alix, Merci pour ce commentaire encourageant. Je suis une “jeune” quadra. Pour écrire cette nouvelle, je me suis renseignée un peu partout. Y compris sur des forums de jeux vidéos. Le vocabulaire fantastique est particulier. C’était un plaisir de ne pas avoir de frontière réaliste. On peut tout se permettre dans le fantastique. A bientôt sur l’Esp L ou sur nos blogs 🙂

  2. Tatoun

    Pas fan de fantasy à la base, je m’étonne à chaque fois de prendre plaisir à le lire quand même. Dans ce texte je me suis laissée transporter dans un monde parallèle et que demander de plus à l’écrivain que d’arriver à nous créer ce dépaysement . Merci

    • christelle-hens

      Ooh suis vraiment contente que ça t’aies plu. C’était pas gagné d’avance, vu que ce n’est pas ma lecture habituelle non plus. Mais j’ai été bien soutenue par mon monsieur qui en connait les mécanismes.
      Ça me fait plaisir de te voir par ici 😉

  3. Mijo

    Cooki Telle,
    Curieuse de ce genre qui n’est pas aussi ma “cup of tea”, et je dois dire que cette histoire m’a enthousiasmée. Certes l’hémoglobine je fuis, toutefois ici cela était nécessaire pour les fiers “warriors” de l’Ordre de la Licorne Noire. C’est un univers de jeux vidéos que “mi hijo me hace compartir en nuestro largo desayuno”.

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