Les Unes de Lady Di

-Je ne sais plus quoi faire Di, les tabloïds ne parlent que de l’infidélité de William avec cette Rose Hanbury, se plaint Kate.

Je la vois tourmentée. Même cernée, elle est toujours aussi magnifique. J’adore la regarder se déplacer. Son pas semble aussi léger que la robe bleue qu’elle a choisie. Une mousseline qui cintre sa taille à merveille et assortie à ses yeux. Elle est venue déposer les petits à Kensington. Passer des moments avec mes petits-enfants me fait un bien fou. Ils ont ce je-ne-sais-quoi de sagesse qui me fait perdre la notion du temps. Kate me parle de sa douleur, elle me parle de son instinct. Je le reconnais cet instinct. Celui-là même qui trente-sept ans plus tôt m’a fait ressentir l’insoutenable. Ce brasier interne qui vous consume chaque jour un peu plus.

-Kate my dear, évite les médias. Parle à William et n’aie pas peur de le bousculer un peu. Garde bien en tête que cette histoire est la tienne. Ne laisse ni les paparazzis, ni personne, se l’approprier.

-Vous savez bien que je ne choisis pas, ce sont eux qui me volent et exposent des morceaux de mon intimité. Le ton de sa voix se resserre un peu, Kate est touchée au vif.

Et je suis bien placée pour la comprendre. Annoncée comme un conte de fées, mon mariage avait été une longue descente aux enfers. Ma solitude. Mes appels au secours, dont l’écho avait ricoché sur les murs d’un palace vide. Le tapage médiatique autour de mes indiscrétions, mon livre. Mes larmes avaient fait couler beaucoup d’encre sur les premières couvertures des magazines.

-Je sais ma chérie… Mes yeux se perdent dans un passé éloigné, et transmettent sans doute plus que ce que je ne voudrais.

Je le revois ce tunnel, les flashs alors que les ambulanciers me sortaient de la voiture. Le décès de Dido. Mon coma. Le soutien du public tout au long de mon interminable convalescence. Personne n’avait cru que je m’en sortirais. Devant l’émotion populaire, la Reine mère avait consentit à me donner le titre d’ambassadrice humanitaire. L’ex-promise au trône avait à nouveau défrayé la chronique.

-Pardon Di, je ne voulais pas faire resurgir de mauvais souvenirs.

Je ne cherche pas à sécher mes larmes, ces blessures font partie de moi. Et j’ai envie de la rassurer cette petite.

-Ne t’inquiète pas Kate, tu finiras par trouver tes alliés dans les journalistes.

-Comme vous l’avez fait avec ce foutu referendum de 2016 ! Les citoyens ont bien failli gober cette propagande du Brexit.

-Exactement !

J’ai le sourire en repensant à cet été-là. Cette histoire est bien loin de l’époque de la jeune fille en fleurs, naïve et timide qu’on avait choisie pour régner aux côtés de Charles. Fidèle à moi-même, j’avais eu envie d’affirmer mon avis sur la question. J’avais appelé Andrew, mon journaliste préféré. Alors que j’allais rencontrer les migrants au Home Office, l’un des reporters m’avait demandé ce que je pensais du Brexit. Question que j’avais suggérée. Ma réponse avait été sans équivoque « nous payons beaucoup de taxes, et nous recevons tout autant de subsides. Nos exportations sont une part importante de nos ventes. » J’aurais bien voulu voir la tête de Nigel Farage quand cette interview a été diffusée sur toutes les chaînes. En tout cas, elle avait suffi à initier une grande campagne anti-Brexit.

Les interventions et les débats télévisés des chefs du gouvernement avaient été retransmis en boucle. Je m’étais déplacée dans les coins reculés du pays à la rencontre des votants ruraux. Je leur avais demandé ce qu’ils allaient faire de la partie de leur production vouée à l’exportation. Qu’en était-il de leur main-d’œuvre ? Était-elle majoritairement nationale ? J’avais pu échanger au service national de santé, avec les infirmiers, la plupart issu de l’immigration. Les voix et les besoins de l’électorat avaient commencé à se faire entendre. Des photos de pêcheurs, de fermiers, de personnel soignant étranger, accompagnés de l’ambassadrice humanitaire avaient défilés sur les bus londoniens. Avec un message simple qui avait pu se graver dans les mémoires « non au projet peur ».

Les gens étaient descendus massivement dans les rues avec des bannières anti Brexit, et ce pendant des semaines. Le buzz avait été créé sur les réseaux sociaux, répétant inlassablement certains slogans « Farage l’alarmiste ! » Les pétitions avaient été signées aussi vite qu’une trainée de poudre enflammée. En quelques jours seulement, les anti-Brexit étaient passés d’un million de signataires à plus de huit millions d’opposants. Ne laissant d’autre choix au pouvoir en place que d’écouter la voix du peuple et organiser un second référendum. Cherry on the cake, c’était mi-juillet, l’anniversaire de Camilla était de nouveau passé à la trappe.

-Elle ne vous l’avouera jamais, mais Queen Elizabeth a apprécié votre prise de position. Même si elle s’en est officiellement offusquée bien entendu, et ce dans sa tenue aux couleurs de l’Europe.

-Le bleu et le jaune lui vont si bien.

Il va de soi que la Reine mère choisirait de se noyer dans son earl-grey du matin, plutôt que de me faire cadeau d’un compliment. Elle n’a toujours pas digéré mon divorce avec Charles, et encore moins mon amour pour le Pakistan. Je reconnais que j’ai bien secoué l’establishment britannique.

-Elle soutient aussi, très discrètement, Harry et Meghan pour leurs visites en Afrique.

-J’ai été très émue de voir Harry en Angola. J’aurais aimé partager ce moment avec lui.

Kate me sourit, et rien ne trahit dans sa posture son malaise. Le stoïcisme fait partie intégrante de notre éducation. Je vois seulement ses yeux qui se baissent rapidement vers mes jambes. Puis vers mes roues.

-Crois-tu que Meghan puisse s’habituer aux protocoles de la royauté ?

Kate me gratifie d’un clin d’œil.

-Aussi bien que vous, Di.

 

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Utiliser l’uchronie pour écrire une nouvelle, je ne suis pas partie trop loin de le passé.

12 Comments

  1. Françoise

    Quelle joie d’avoir reçu une nouvelle “nouvelle” à lire. J’ai vraiment aimé cet échange entre les deux femmes. Très prenant et tellement réel… Bravo, comme d’habitude très bien écrit.

  2. Elle est vraiment très bien trouvée, cette idée d’uchronie, et ta nouvelle est bien tournée. On verrait vraiment bien Lady Di prendre cette position sur le Brexit et continuer à essayer de survivre à côté de la famille royale britannique, tout en soutenant ses belles-filles!
    Il y a juste ce qu’il faut d’anglais, les dialogues sont chouettes et vivants! J’aime beaucoup le “cherry on the cake”.
    Très réussi! Bravo!

  3. J’avais beaucoup aimé ta 1ère version en raison de l’ambiance que tu avais su distiller. Mais celle-là, je l’avoue est encore meilleure. Tu t’y prends à merveille ! Belle uchronie ! Merci pour ce moment d’évasion que tu offres.

  4. Monica Jarillo

    La autora de esta obra no solo escribe de manera brillante, sino que te mantiene alerta toda la novela sobre el desenlace de los acontecimientos. Te despierta la mente porque necesariamente te planteas cómo sería esta vida de hoy si los hechos hubiesen sido tal como este relato explica. Cuando lees esta novela te quedas con ganas de muchas muchas más páginas …
    Por favor… Necesitamos un libro completo de este tema !!! Muchas gracias por escribir Christelle.

    • christelle-hens

      Ay Mony, que honor me haces, no solamente de leerme en francès pero de dejar un comentario. Pues si que podría escribir más de este tema, porque la señora en si me interesa mucho y siempre me ha gustado. Y tambíen porque me gusta la idea de cancelar ese Brexit que no va a ningún lado. Abrazo fuerte guapa!

  5. Mijo

    Hello Telle, ta première version m’avait scotchée, cependant celle-ci est encore meilleure! Tu te bonifies avec la pratique des mots et tu jongles bien avec leur sonorité, leur quintessence.
    Moi aussi j’adore le “cherry on the cake”.

  6. Bonjour Christelle !

    Comme toujours, une régalade à te suivre, mais surtout, je trouve que tu t’en sors vraiment très bien sur l’uchronie, qui reste bien plantée dans notre ère, partant d’un événement qui a bouleversé la société britannique (et pas que). C’est amusant de voir comment elles s’adressent l’une à l’autre, chacune dans un registre bien différent, mais avec cette complicité qui transparaît tout de même.

    Et puis, la fin révèle encore un peu plus, je ne m’y attendais pas. Bref, consigne parfaitement réussie, lady Chris !
    Belle journée à toi
    Ps : attention pour les incises de dialogues, pas de point pour rajouter le verbe de parole mais virgule. Ex = Habury, se plaint Kate.

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