L’artiste qui ne marchait pas dans les clous

-Salut Geo, je te présente Mr Luka Pasqua. 27 ans. J’ai dénombré dix lésions traumatiques, dont deux au crâne qui lui ont été fatales. L’arme du crime est un pistolet à clous. J’estime son décès aux alentours des deux heures du matin.

Geo, l’inspecteur, hocha la tête tout en gardant le silence. Il s’imprégnait de l’ambiance des lieux. Ce dépôt utilisé comme atelier avait son histoire. Des toiles, des sculptures, des photos partout. Il sentait le travail, la passion, les longues heures de concentration. Et puis l’agitation des derniers instants, les tableaux bousculés, une peinture déchirée, des morceaux manquants.

Les traces de sang sur le ciment. La victime avait rampé, l’humain tente toujours de s’échapper.

-Le premier clou a été tiré dans la jambe. Les autres impacts sont dans le dos. Le tueur s’est soit délecté, soit s’est rendu compte qu’il en fallait beaucoup pour que sa victime n’avance plus. On peut dire qu’il l’a cloué au sol. Le légiste esquissa un petit rictus.

L’inspecteur leva les yeux au ciel.

-Très drôle Polo ! Faut que tu penses à une reconversion quand t’en auras marre des macchabées.

-Pff, t’es pas bon public ! Ok, la victime avait toujours son portefeuille, le téléphone a été détruit, le pistolet nettoyé et je t’ai mis les pièces intéressantes sur cet établi.

L’inspecteur passa ses doigts dans sa barbe de trois jours, et se dirigea vers les éléments étalés par le légiste. Il enfila des gants pour manipuler une enveloppe sur laquelle l’encre d’un poème s’était mêlée au sang de Luka.

Son regard s’attarda sur une phrase « Le monde a soif d’amour et tu viendras l’apaiser. »

Geo sortit délicatement plusieurs tickets d’expositions et des lamelles de tissus colorées. Il comprit que c’était des entrées de concerts.

-Geo, ma fille le suivait sur Insta, elle disait que c’était un génie déjanté. Dernièrement il avait fait un patchwork en utilisant de vieux billets de cent francs belges pour représenter un masque. Il prétendait avoir mis en valeur un peintre qu’il admirait. Un certain Ensor je crois. Ses haters disaient que c’était du prosélytisme pour le capitalisme. Il défendait le mariage pour tous, la GPA. Il faisait bien parler de lui le gamin.

-Ça nous donne un large panel de possibilités. Si t’as du nouveau après l’autopsie, appelle-moi. Je vais parler au clochard de la rue, il a peut-être aperçu quelque chose.

Malheureusement le SDF était inaudible. Dans la matinée l’inspecteur avait rencontré les parents. Ceux-ci avaient confirmé que leur fils était un artiste controversé à l’homosexualité affirmée, et qu’il cherchait souvent à créer le buzz. Fin de matinée le Central avait enfin pu lui fournir l’identité du dernier appelant. Cette même personne se trouvait très souvent dans l’historique des appels de Luka, et n’était autre que le célèbre gardien de but des Red Fighters, Charles Laudu. Il allait peut-être pouvoir apporter plus d’indices à l’enquête.

Charles avait le corps sculpté pour mettre la plus ordinaire des tenues de sport en valeur. Geo l’avait informé de la violence du meurtre, de l’heure approximative du décès, que le téléphone de Luka n’avait pu servir à l’enquête. Charles avait dégluti à l’annonce de ces faits. Il déclara être chez lui la veille. Geo continua de l’interroger.

-Puis-je vous demander comment vous vous êtes rencontrés ?

-Je ne vois pas en quoi ça peut vous aider. Mais c’était il y a trois mois. Lors d’une de ses fameuses performances, devenue virale sur les réseaux. Luka prenait un chronomètre et créait une peinture en moins de 5 minutes. Depuis ce jour, j’ai été très admiratif de son travail. Charles était ému, et avait la bouche de plus en plus sèche.

Il but quelques gorgées d’eau et déposa son verre à côté d’une paire de lunette Gucci, un stylo-plume Mont Blanc, une montre Panerai. Geo se disait que tout dans cette maison transpirait la richesse. Quoique le recueil des « Poètes maudits » dénotait un peu.

-Lorsque vous avez parlé à Mr Pasqua hier soir, vous a-t-il paru nerveux ou troublé ?

-Non, Luka m’a parlé de son prochain vernissage. Cependant, maintenant que j’y pense, il y a souvent un SDF qui traîne en face du dépôt, il ne lui inspirait pas confiance.

-J’en prends note, merci Mr Laudu.

-C’est peut-être un vol qui a mal tourné ?

-Le vol ne semble pas être le mobile de ce crime…

-Ah oui, le téléphone a été explosé. Charles fit mine de chercher d’autres pistes, tout en triturant les seules choses à sa portée, les bracelets de son poignet.

Geo observait le sportif avec insistance, ce qui le mit mal à l’aise.

-Vous étiez amants, n’est-ce pas ?

Charles perdit son teint halé dans l’instant.

-Mais vous déconnez complètement inspecteur ! La veine de son front se fit proéminente. On pouvait presque compter les pulsations de son cœur en temps réel.

Geo planta toute sa certitude dans les yeux du jeune athlète.

-Votre Mont Blanc et votre recueil me font penser à un poème de Rimbaud que j’ai lu ce matin chez Mr Pasqua. Vos bracelets colorés me rappellent également une enveloppe trouvée dans son atelier. Vos nombreux appels vers Mr Pasqua me font dire que vous aviez pour lui bien plus qu’une simple admiration artistique.

-Vous divaguez ! C’est n’importe quoi !

-Je vous ai dit que le téléphone n’avait pu être utilisé. Il aurait très bien pu avoir été volé en effet, mais vous saviez qu’il avait été détruit. Je suis certain que mes collègues de la scientifique ne tarderont pas à sortir des éléments probants. Vous l’avez tué ! Et vous l’avez regardé souffrir jusqu’au dernier souffle !

-Arrêtez inspecteur ! Je l’aimais ! Charles en pleurs, paraissait maintenant être un petit garçon frêle et sans défense.

-Je n’étais pas prêt à rendre mon intimité publique ! Il voulait exposer un portrait nous représentant. On pouvait me reconnaître ! Jamais ça n’aurait été accepté par la fédération ! Il était fou, irraisonnable, incontrôlable. Il a pris une photo du tableau, voulait la publier, faire scandale. Je l’ai supplié ! Je n’avais plus le choix !

 

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Ecrire une nouvelle à partir d’une liste de contrainte. Il y avait cinq mots à placés et l’un d’entre eux devait être l’arme du crime. J’ai choisi le clou.

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