Amour, Gloire et Beauté

Aphrodite était fortement désappointée ! Une mortelle à la beauté inégalée ombrageait sa grandeur et sa souveraineté. Plusieurs plans de vengeance lui vinrent à l’esprit. Mais sa réputation laissait à désirer ces derniers temps. Les dernières vindictes de la déesse de l’amour n’avaient pas fait l’unanimité dans l’Olympe. C’est ainsi qu’elle eut l’idée d’appeler le plus fripon de ses fils, Éros. Aphrodite s’indigna, se lamenta des heures durant, et l’adjura d’accomplir la tâche qui lui rendrait ses privilèges. Le jeune homme fatigué de l’entendre se résigna.

-Eros, mon chéri, il est important que cette petite humaine de Psyché, se fonde dans l’oubli et se marie avec un homme qui ne sera pas de sa condition. Trouve le plus pauvre, celui qui aura les mains palmées, le nez rebiqué, les yeux qui se touchent. Tu l’auras compris, soit créatif mon ange.

C’est le pas lourd qu’Éros quitta l’Olympe pour réaliser les volontés perfides de sa mère obnubilée par sa beauté, et obsédée par les honneurs célestes.

Éros trouvait Psyché très ravissante certes, mais pas au point d’en réécrire l’histoire antique non plus. Fille de Roi, elle avait deux sœurs déjà mariées. La pression sociale obligerait l’innocente vierge à se jeter dans les bras du premier venu. Il sentit un petit sentiment d’amertume, mais bon, ce que Mère voulait, dieu de l’amour le pouvait. La flèche était prête à partir lorsqu’une voix se fit entendre.

-Mais qu’attends-tu pour agir mon frère ?

Éros faillit défaillir… À cause de cet imbécile d’Antéros ! Dieu de l’amour réciproque. Sombre baliverne ! Mais pourquoi l’avait-on affublé d’un jeune frère aussi pitoyable. Les ailes et la beauté sont tout ce qu’ils avaient en commun.

-Je sais ce que j’ai à faire Anté, pas besoin que tu me chaperonnes…

-Mère te sait impétueux. Elle m’envoie pour s’assurer que tu ne fasses pas de bêtise. Vois-tu Éros, cette mission a des incidences bien plus profondes que tu ne l’imagines…

Antéros se lança dans un monologue long et ennuyeux, qui eut bientôt raison de la patience d’Éros. Comme devenu sourd, il se mit à rêver de lui rabattre le caquet à jamais. Si seulement ce misérable pouvait se taire. C’est à ce moment précis qu’Éros se laissa envahir par sa malice naturelle, et dirigea l’arc vers son frère. Ce dernier tellement imprégné de son propre laïus ne le remarqua pas. Un petit rictus se dessina sur le profil d’Éros et il lâcha le projectile.

Antéros, incrédule, le dévisagea. Couvrit la blessure de sa main. Retira la flèche.

-Si tu cherches ta dulcinée, Psyché se trouve au bas de la deuxième montagne à droite.

C’est très amusé qu’Éros observa son frère, happé par l’amour, se présenter à Psyché. Elle eut le coup de foudre pour Antéros, et s’offrit à lui sans plus attendre. Antéros eut bien du mal à cacher ses ailes. Mais put convaincre Psyché de garder le secret. Ce qu’elle fit par amour pour lui.

Au sommet de l’Olympe, Aphrodite bouscula nerveusement quelques nuages et vint s’enquérir de la situation auprès de son fils. Ce dernier lui assura que Psyché serait bientôt mariée et qu’Aphrodite pourrait à nouveau se complaire dans le culte qui lui était voué.

-Éros ! Comment oses-tu me servir tes fabulations !

-Je te prie de remarquer qu’à l’exception des mains palmées, j’ai tenté de suivre ta description ! N’avais-tu jamais remarqué le strabisme d’Anté ?

-Tu as anéanti ma splendeur, profané mon nom et celui de ton frère !

La déesse s’enflamma dans des imprécations sans fin, et disparu avec sa colère. À peine inquiété, Éros était plutôt content de son méfait. Il connaissait la susceptibilité de sa mère, et ses réactions versatiles.

Néanmoins le verdict de culpabilité tomba rapidement, et la sentence des dieux fut prononcée. Pour avoir mis en contact un être céleste et une humaine, Éros serait répudié de l’Olympe ! Et ses ailes coupées, par la mère antique de la nature en personne, Aphrodite ! Qui s’était bien entendue portée volontaire. Le côté charitable d’Aphrodite était discutable, il est vrai.

Aphrodite, infortunée, par un fils déchu, et son cadet avili par les beautés terrestres, s’exila à Rhodes.

Antéros profondément amoureux de Psyché, se plaisait à vivre sur Terre. Le mariage des deux tourtereaux fut majestueux, même si ni grâces, ni muses ne vinrent festoyer avec eux. Psyché avait trouvé la parade pour camoufler les petites ailes de son divin mari. Les Olympiens, bien qu’attendris par ce bonheur non-conventionnel, ne pouvaient consentir à une union de cette nature. Et encore moins à une descendance divine des entrailles de cette innocente terrienne.

Les Dieux sommèrent Antéros de donner le nouveau-né aux Olympiens, il ne pouvait grandir parmi de simples mortels. Aphrodite fit le déplacement et voulait récupérer la créature pour laquelle elle avait de noirs desseins. Antéros et Psyché dépités contactèrent Éros dans l’espoir d’une solution.

-Éros je t’en conjure aide nous, il s’agit de ma fille ! Dis-moi ce qui pourrait apaiser ses foudres.

-Anté, Mère n’est pas modérée et ne le sera jamais. Rien ne pourrait l’assagir.

Antéros baissa les yeux et répéta lentement.

-Rien, ni personne…

D’un coup Éros se redressa, le menton vers l’avant, et le poing levé.

-Si si, il y a bien quelqu’un qui peut lui faire entendre raison. Et c’est Zeus ! Si tu crois en ton amour, bats-toi pour lui, sois prêt à mourir pour lui ! Zeus louera ta force et ton courage.

Antéros se jeta dans les bras de son frère.

-Je ne sais pas comment te remercier. Je ne t’ai même pas demandé comment tu allais.

-Oh, moi, je me suis lancé dans le commerce ambulant. Les affaires fonctionnent plutôt bien. Je sillonne les routes et j’observe les hommes comme avant. A l’exception que je me fais rétribuer maintenant. Je propose mes services d’entremetteur aux célibataires désespérés.

Antéros dégluti, les yeux ronds, puis ne put s’empêcher de rire. Éros lui sourit en retour.

-Ah et Anté, je préfèrerais que tu m’appelles Cupidon désormais.

 

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Cette fois, il me fallait revisiter les mythes et les légendes. Incapable d’écrire dans ce style, j’ai plutôt arrangé le mythe à mon style.

14 Comments

  1. Bonjour Christelle,
    Savoureux ce pastiche sur l’olympe et les dieux qui gouvernaient en des temps immémoriaux. On se laisse volontiers prendre à ces amours entre les dieux et les humains mais n’est-ce pas notre lot à tous?
    Cordialement,

    • christelle-hens

      Salut William,
      Merci pour ton commentaire. Le monde de la mythologie m’était plutôt inconnu. Quand j’ai commencé à me documenter pour écrire cette nouvelle, j’ai constaté que chacun de ces dieux sont des traits de personnalités humaines. Ces dieux ont des forces et des faiblesses comme les simples mortels que nous sommes. Normal, vu que nous les avons inventés. Il doit y avoir un peu de divin en chacun de nous 😊

  2. Françoise

    Quelle belle nouvelle, j’ai eu beaucoup de plaisir à la lire et à en connaître le dénouement. Et merci car dans ta nouvelle, il y a une bonne leçon de morale.. Françoise.

  3. Bonjour Christelle ! Toujours un plaisir de découvrir tes nouvelles. Je me rappelle fort bien de cette consigne, qui invitait à revisiter un mythe ou une légende. J’aime beaucoup ce que tu en as fait, avec la naissance du Cupidon qui déjà offrait ses services et qui continue encore à sévir parmi les humains, avec ou sans argent 🙂 ! C’est pas une condigne facile, et on retrouve tout à fait ton approche et ta malice. Attention à la première virgule “C’est ainsi qu’elle eut l’idée d’appeler, le plus fripon de ses fils, Éros.” qui facilite pas la lecture, en fait j’ai cru qu’elle lui donnait ce nom au départ, alors qu’elle l’appelait à elle ! (Je supprimerais donc la virgule). De même, faut remettre tous les “t” pour les phrases qui expliquent le coup de foudre !
    Comme toujours, un plaisir, à très bientôt pour la prochaine et bon courage à toi !

    • christelle-hens

      Hello Sabrina, contente si la revisite du mythe de Psyché t’a plue. Ce n’était pas gagné, vu mon ignorance en la matière. Merci pour ton oeil bienveillant, j’ai corrigé. 🙂 A bientôt

  4. Une fable de la mythologie grecque revisitée, mise au goût du jour et très drôle ! Comme tu le dis, ces dieux ont des points communs avec nous les mortels, mais après tout, ils sortent de notre imaginaire… A quand le recueil de fables mythologiques à la sauce moderne ?

    • christelle-hens

      Haha dans tous les cas, si j’écris encore un jour au sujet de la mythologie, il ne pourrait en être autrement. Je n’arrive pas à l’appréhender d’une autre manière 😉

  5. Sandrine legrand

    Salut Christelle,
    J’aime beaucoup la version finale de ta nouvelle! Les petits changements apportés sont parfaits et ça en fait une vraie réussite.
    Tres chouette, la mythologie revisitée 🙂

    À bientôt
    Sandrine

  6. Tatoun

    J’ai bien aimé aussi mais moins que d’autres de tes nouvelles…. je n’ai jamais beaucoup aimé la mythologie et cela sans raison précise. Mais la chute est joliment amenée 😊

  7. Mijo

    Cooki Telle, alors j’aime mieux cette version finale, que celle lue sur ELS. Quel travail de recherche tu as fait pour obtenir une telle ( sans jeux de mots) customisation de la mythologie. Bravo, c’est une idée vraiment originale.
    je préfère aussi cette façon d’amener la chute.

    • christelle-hens

      Oui d’ailleurs la remarque d’Alain à la première version avait été qu’elle sentait trop le travail. Parce qu’en effet, j’avais pas mal cherché, lu, tenté de comprendre… mais punaise pour mon cerveau basique, la mythologie est trop tordue (oops je l’ai dit). Merci d’être venue faire un tour ici.

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